Il y a une phrase qu'on entend systématiquement quand un site est compromis ou effacé : « ce n'est pas grave, on a des sauvegardes. »
Et il y a la phrase qui suit, une heure plus tard : « en fait, elle ne se restaure pas. »
Presque tous les sites que nous reprenons après un incident avaient effectivement des sauvegardes. Le problème n'a jamais été de les faire. Il a toujours été de pouvoir s'en servir.
Les cinq façons dont une sauvegarde échoue
1. Elle est stockée sur le serveur qu'elle protège
C'est l'erreur la plus répandue, et la plus logique en apparence : l'extension de sauvegarde écrit ses archives dans un dossier du site.
Or les scénarios dont on se protège emportent le serveur avec eux. Un rançongiciel chiffre les archives en même temps que le reste. Une suppression accidentelle du compte d'hébergement efface les deux. Une compromission donne à l'attaquant l'accès aux sauvegardes autant qu'au site.
Une sauvegarde doit vivre ailleurs que ce qu'elle sauvegarde. C'est le seul principe non négociable.
2. La base de données n'est pas incluse
Beaucoup de sauvegardes ne contiennent que les fichiers. Sur un site moderne, les fichiers ne sont que l'habillage : vos pages, vos articles, vos produits, vos commandes, vos comptes clients sont dans la base de données.
Restaurer les fichiers sans la base donne un site qui s'affiche et ne contient rien. Techniquement, la sauvegarde a fonctionné. Pratiquement, vous avez tout perdu.
3. L'historique est trop court
Une intrusion n'est pas toujours immédiatement visible. Il n'est pas rare qu'un site soit compromis plusieurs semaines avant que quelqu'un le remarque c'est même l'intérêt de l'attaquant.
Si votre hébergeur ne conserve que les sept derniers jours, toutes vos sauvegardes contiennent déjà le code malveillant. Vous restaurez, et vous réinstallez le problème avec.
C'est exactement la situation décrite dans que faire quand un site WordPress est piraté : il faut une version antérieure à la compromission, pas simplement une version d'avant-hier.
4. Personne n'a jamais essayé de restaurer
Le cœur du sujet. Une sauvegarde n'est pas un fichier, c'est une procédure : récupérer l'archive, la déposer, importer la base, ajuster la configuration, vérifier que le site fonctionne.
Cette procédure a des dizaines de façons d'échouer : archive incomplète, format d'export incompatible, mot de passe de base de données perdu, version du langage serveur différente, fichier trop volumineux pour l'outil d'import.
Tant que personne ne l'a fait une fois, vous n'avez pas une sauvegarde, vous avez un espoir.
5. La restauration dépend de quelqu'un d'autre
Chez certains hébergeurs, restaurer signifie ouvrir un ticket et attendre. Le jour où votre boutique est hors ligne, ce détail contractuel devient votre principale contrainte.
La question à poser est simple : pouvez-vous déclencher une restauration vous-même, maintenant, sans autorisation ?
La règle qui résume tout
Trois copies, sur deux supports différents, dont une hors du site. C'est un principe ancien du métier, et il n'a pas vieilli.
Appliqué à un site web, cela donne : le site en production, une sauvegarde chez l'hébergeur, une sauvegarde ailleurs autre fournisseur, autre compte, autres accès.
Les questions à poser à votre hébergeur
Cinq questions, et les réponses vous situent immédiatement :
- Les sauvegardes incluent-elles la base de données ?
- Sur combien de jours l'historique est-il conservé ?
- Sont-elles stockées ailleurs que sur le serveur du site ?
- Puis-je déclencher une restauration moi-même ?
- Quand a eu lieu la dernière restauration réussie de mon site ?
La cinquième est celle qui compte, et c'est celle à laquelle presque personne ne peut répondre.
Le seul test qui vaille
Prenez votre sauvegarde la plus récente et restaurez-la sur une adresse de test pas sur votre site en production. Puis vérifiez trois choses : les pages s'affichent, les contenus récents sont présents, et les formulaires fonctionnent.
Si l'opération réussit, vous savez enfin où vous en êtes. Si elle échoue, vous venez de l'apprendre un jour où ce n'était pas grave.
C'est pour cette raison que nos prestations d'hébergement infogéré et de maintenance incluent des restaurations d'essai périodiques : non pas pour cocher une case, mais parce que c'est la seule preuve qu'une sauvegarde existe vraiment.
Une sauvegarde jamais restaurée n'est pas une sauvegarde. C'est un fichier dont on espère beaucoup.